Extraits de l'atelier d'écriture

Texte rédigé par Anne Marie pour l'atelier du 24 Novembre 2025.

Thème de cet atelier :  

1- Un jour de pluie : La pluie peut-être romantique, catastrophique, poétique.. Bref, racontez votre pluie: drôle, apocalyptique ou même météorologique...on prend tout !
2- Le syndrôme de la page blanche: Vous connaissez ce grand moment de solitude : vous, une feuille (ou un écran) et : rien ! Le vide sidéral !
Racontez ce moment et comment vous domptez, ou pas, ce terrible monstre !.

 

La page Blanche


Ce matin-là, j’avais tout préparé : l’ordinateur, mes notes, le thé fumant, la lumière douce… tout pour commencer à travailler par ce superbe matin d’hiver, dans mon bureau refuge.

Cette fois, j’avais suivi les conseils de l’animatrice de l’atelier d’écriture où j’étais inscrite depuis 2 mois : j’avais tracé le portrait précis et détaillé de chaque personnage, les phases de rebondissements, un premier dénouement possible. Je n’avais plus qu’à laisser se dérouler le fil du roman.

2’ – 5’ – 10’- je bois une tasse de thé, je respire. Pas d’inquiétude, c’est normal. Je suis persuadée que mon cerveau est entrain de concocter le futur prix Goncourt !

¼ h – 20 mn – ½ h : un début de fébrilité me gagne. Ai-je suffisamment préparé ? trop préparé ?

Ai-je trop pensé à mon récit hier soir au point de l’avoir tellement intégré en moi que je ne parviens plus à le jeter sur le papier ? 2e tasse de thé. Ma respiration commence à se bloquer.

Soudain, je trouve qu’il fait trop chaud dans la pièce. J’ouvre la fenêtre en grand, j’inspire une grande bouffée d’air et referme rapidement car le vent froid s’engouffre.

Exercice de lâcher prise : ça ira mieux après. J’écris le titre du premier chapitre : « Un après-midi de pluie à Kensington ».

Mais qu’est-ce qui m’a pris de situer l’intrigue en Angleterre alors que je n’y ai jamais mis les pieds, que je ne sais absolument pas où se trouve Kensington et qu’au fond, je m’en fiche éperdument ? Le nom me plaisait mais visiblement, c’est la cause du blocage : je ne suis pas dans un environnement familier. Adieu Kensington, Bonjour Tréveneuc. Là je suis chez moi. Ça va aller, je le sens. 3e tasse de thé, énième respiration. Si ça continue, avec tout l’air que j’emmagasine, je vais ressembler à une baudruche ! Mes doigts restent bloqués sur le clavier, mon cou se raidit, mon dos me fait mal… Mais bon sang, qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai l’écriture si facile d’habitude….. Et la petite maison d’édition qui m’a fait confiance m’a donné un délai de 3 semaines pour le terminer. Le terminer ? quelle idée ! je n’ai pas encore écrit la première lettre du premier mot. Les personnages commencent à tourner autour de moi, moqueurs, rieurs :

Et ça veut être écrivain !

Et ça se prend pour un auteur !

Et ça rêve de passer à la Grande Librairie !

Eclats de rire de plus en plus fort, cette ronde infernale me rend folle…. Je tombe…..

Je tombe de mon lit ! Sur la table de nuit, il y a le texte que je vais lire demain à l’atelier d’écriture. Le cauchemar est terminé. La page blanche s’est envolée. Je respire….. encore !